« C’est peut-être ce qu’on appelle la folie des grandeurs. Je ne récuse pas le terme. Je n’ai jamais lésiné dans mes rêves ! » (*)
Les Embiez sont à la mesure de l’enthousiasme de Paul Ricard qui en 1961 parle déjà de la
« civilisation des loisirs » comme d’une évidence.
Sur cet archipel abandonné, ses projets sont clairs. Il veut en faire « un haut lieu du tourisme international, un séjour idéal de repos et de vacances, avec tout ce qu’il faut pour être heureux : le silence, la décontraction, l’absence de circulation automobile, les joies de la mer, les promenades à pied, à cheval ou à bicyclette, que sais-je encore ?». (*)
Ce n’est sans doute pas un hasard si c’est un 1er mai, jour de la Fête du Travail, qu’est célébrée la naissance de « la cité des loisirs, du repos et des vacances » voulue par Paul Ricard. En ce premier jour du mois de mai 1963, devant un parterre de personnalités - maréchaux, préfets, conseillers généraux, représentants des ministères du Tourisme, des Sports, de l’Urbanisme - Paul Ricard raconte les Embiez tels qu’il les voit ! « Nous aménagerons cette île pour le bonheur des hommes. Nous y construirons avec art et avec amour, nous y planterons des arbres, y ferons pousser des fleurs, nous y érigerons des statues… » (*)
Aujourd’hui encore, la destination insulaire varoise est telle qu’il l’a voulue. L’île porte sa marque : non pas comme la célébration d’un passé révolu, mais au contraire comme un hommage rendu à la clairvoyance anticipatrice d’un homme qui a su bâtir une île de rêve, pour le bonheur du plus grand nombre. Un homme qui dès les années 60 s’est battu pour préserver la mer et protéger, inlassablement, la nature. Paul Ricard écolo visionnaire avant l’heure ? La preuve par l’histoire…
Tout au long de son histoire deux fois millénaire, l’archipel des Embiez a toujours été un refuge de marins et un rêve d’entrepreneur. Deux vocations historiques que son propriétaire, Paul Ricard, a réconciliées pour le plaisir de tous …
L’archipel des Embiez est d’abord un abri. Déjà du temps des phocéens, les navires fuyant la tempête trouvaient sous son vent un refuge naturel, protégé par le promontoire du Cap Sicié. Vers l’an 950, les moines de Saint-Victor y accostent : ils aménagent leur port d’embarquement dans une anse au nord de l’île et des salins. Le sel, c’est l’or blanc de l’époque : denrée chère et précieuse, indispensable à la conservation des aliments. Les rois ne s’y trompent pas quand ils en font le support de la fameuse taxe de gabelle.
En 1376, le pape Grégoire XI qui fuit Avignon pour regagner Rome y fait escale. En 1520, un natif de Six-Fours, Barthélémy Lombard reprend l’exploitation des salins et obtient d’Henri IV la faveur que son domaine soit aménagé en « arrière-fief » : sa famille pourra à cette occasion prendre le titre
« de Sainte Cécile ».
Sous François 1er, un fortin est construit au sommet de l’Ile et en 1602, ceux qui sont désormais « de Sainte Cécile » y édifient une chapelle puis un château en 1613. Après diverses successions, le domaine échoit en 1720 à Michel de Sabran. Ses descendants n’en profiteront guère car lors de la Révolution Française de 1789, l’île est déclarée « bien national ».
En 1958, Paul Ricard rachète la totalité de l’île et lui redonne enfin les secrets atouts de son statut insulaire. Les Embiez redeviennent un abri privilégié, cette fois avec un port de plaisance réputé. Ils conservent leur statut de vigie exigeante aux avant-postes de la mer, avec la création de l’Institut Océanographique et retrouvent l’isolement d’une nature préservée, pour le plaisir de tous…
(*) extraits du livre de Paul Ricard « La passion de créer »